Les pertes et dommages – un sujet important à la COP19 de Varsovie

Il faut défendre la création d’un mécanisme sur les pertes et dommages sous la Convention Climat

 

Les pertes et dommages : « au-delà de l’adaptation »

Pour les pays les plus pauvres et les ONG, les « pertes et dommages 2.» représentent les coûts associés aux impacts du changement climatique lorsque l’adaptation ne suffit plus à faire face aux impacts1. En ce sens, l’ampleur des pertes et dommages sera très directement corrélée à l’ampleur du réchauffement climatique et le niveau d’ambition de la communauté internationale.

L’idée émerge de plus en plus nettement depuis que l’inaction des négociations internationales place la planète sur une trajectoire de réchauffement de 3,5°C. Les efforts de réduction des émissions de GES par les pays développés ont été jusqu’ici plus qu’insuffisants et vont se traduire par des impacts et des conséquences de plus en plus inévitables et surtout irréversibles sur les écosystèmes, les économies et les populations. Le récent rapport de la Banque Mondiale fin 2012 sur un monde réchauffé de 4°C pose la question de savoir si on peut réellement s’adapter à un réchauffement d’une telle envergure et laisse présager que les pays vont subir des pertes et dommages économiques et sociales irréparables et à un coût à peine chiffrable.

Parmi les types de pertes et dommage, on en identifie 4 principaux : les pertes et dommages  économiques assurables, les pertes et dommages économiques non assurables, les mesures économiques pour les pertes et dommages non économiques, les mesures non  économiques pour les pertes et dommages non économiques.

En d’autres termes, l’adaptation – qui a pour principe d’éviter des conséquences néfastes pour les populations, l’économie et l’environnement – ne suffira pas pour faire face aux pertes et dommages qui ne peuvent être évités.

Où en sont les négociations internationales ?

 La question des pertes et dommages a été mise sur la table en 1991, mais depuis, n’avait fait l’objet d’aucune avancée notable. C’est véritablement à la COP 18 à Doha que les Etats Unis – malgré une ligne rouge très ferme – ont été obligés de se plier sous la pression du G77 + la Chine. La décision prise a été un programme de travail visant à créer – éventuellement – un mécanisme institutionnel d’ici la COP 19 à Varsovie. Les ONG demandent à ce que le mécanisme permette de faciliter et coordonner les différentes organisations internationales et foras traitant des pertes et dommages, le bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) par exemple.

Mais comment financer les pertes et dommages ?

 Dans la mesure où les pertes et dommages ne relèvent pas de l’adaptation et qu’il est difficile d’estimer leurs coûts – surtout lorsqu’il s’agit de vies humaines ou de coûts d’opportunités manquées, les pays en développement et ONG s’accordent pour appeler à créer un mécanisme financier dédié et additionnel aux engagements existants (les 100 milliards de dollars par an d’ici 2020). Ce mécanisme dédié devra inclure un volet compensation pour les pertes non-assurables et un volet assurantiel pour anticiper et réparer les pertes assurables. C’est dans cet esprit que l’Union Africaine est en train de mettre en place un fonds assurantiel ‘‘African Risk Capacity’’ pour aider les populations en cas de catastrophes. Le mécanisme financier dédié aux pertes et dommages pourrait venir abonder l’ARC par exemple. En complément, les financements dédiés à l’adaptation permettront d’éviter une partie des pertes et dommages en préparant les pays à résister/faire face aux évènements extrêmes.

 Moussa SENE

ENDA Energie – Sénégal

Réseau Climat & Développement

 

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